Le Beaujolais veut redonner soif aux Lyonnais


Par Guillaume Lamy
Publié le 10/10/2010  à 14:37
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Le deuxième ou troisième vin le plus connu de la planète, avec Champagne et Bourgogne, entend bien réinvestir les tables lyonnaises trop longtemps désertées.

Cette année, la Saint Denis a été arrosée à Lyon. C’est en effet la journée qu’a - judicieusement* - choisie la Ville de Lyon pour lancer la grande opération “Le Beaujolais à la reconquête de Lyon”. Une véritable "task force" du "beaujolpif" qui avait pour objectif de refaire couler le troisième fleuve dans la capitale des Gaules.

Samedi 9 septembre, à 10h00 pétantes, 600 vignerons armés de serpettes et de scuds en bouteilles ont investit la place des Terreaux. Point de guillotines mais du débouchage de pichets en règle ! “A Lyon, la gastronomie est une seconde nature” se poulèchait-on en mairie.

Sauf que “le vin de Gnafron et le vin d’Edouard Herriot, le vin de la Vache-qui-rit et le vin du gigot-qui-pleure, des mâchons entre vieux potes et le vin des déjeuners de famille, de la gauche-saucisson et de la droite-pot-au-feu” (lire l’entretien de Bernard Pivot) a le moral dans les chaussettes. Depuis les années 70, le Beaujolais a perdu de sa position dominante à Lyon, supplanté par son voisin sudiste des Côtes du Rhône. Boudé. Vilipendé. Ostracisé.

 

Réputation de piquette de mass-market

Le problème du beaujolais tient en un seul mot : sa réputation. Celle que chantait Brassens, “Au village, sans prétention/J ‘ai mauvaise réputation/Que je me démène ou que je reste coi/Je passe pour un je-ne-sais-quoi!”. La réputation du beaujolais, c’est justement celle d’un vin quelconque, d’une piquette de "mass-market" qui donne mal au ventre ou à la tête, allant même jusqu’à paralyser les membres inférieurs (entendu à la radio !). La réputation, c’est celle du beaujolais nouveau : “le Beaujolais nouveau, c’est l’entrée de gamme qui tirait tout le vignoble , alors que ça aurait du être aux crus de jouer ce rôle”  déplore Thierry Saint-Cyr, secrétaire général de l’Union des vignerons du Beaujolais.

Sur la question, Éric Asimov, critique vin au New York Times, explique à Lyon Capitale que “pendant des décennies, voire des siècles, on a considéré le Beaujolais comme un vin simple, léger, amusant (...) pas sérieux. Tout ce que vous avez à faire est de taper sur le bouton beaujolais du clavier pour que les clichés se mettent à vomir”.

Boire du beaujolais, un acte citoyen

L’affaire n’est pas nouvelle, le Beaujolais a été victime de son succès. Le “nouveau” l’a tué. Le Beaujolais a peut-être pêché par vanité, il s’est peut-être vu trop beau. Et puis, ça a dû en irriter plus d’un... Quoi qu’il en soit, il y aurait du avoir plus de contrôles. Car quand on surfe sur la vague, nombreux sont ceux qui attendent la chute. Comme disent certains spécialistes, lors des années médiocres, il aurait fallu plus d’encadrement et de rigueur de la commission d’agrément. Résultat : ont déboulé le 1er jeudi de novembre des vins absolument délicieux et d’autres authentiques tord-boyaux.

Depuis le 9 octobre et pendant toute l’année 2011, le beaujolais s’attaquera donc à Lyon. Samedi,  chaque mairie a défendu son cru : Régnié - le Prince des crus du Beaujolais- à l’Hôtel de Ville, Chénas dans le 1er, Brouilly dans le 2e, Chiroubles dans le 3e, Juliénas dans le 4e, etc. “Dès qu’une manifestation, un événement sera organisé par une mairie, il y aura du beaujolais et on fera descendre des viticulteurs”, explique Gilles Paris, le président de l’Organisme de défense et de gestion (ODG)  des crus du Beaujolais. Et les restaurateurs ? “C’est aux Lyonnais de nous aider. Quand il rentre dans un restaurant, c’est à eux de demander une bouteille de Beaujolais”. Un acte citoyen en quelque sorte.

* Le prénom Denis vient de Dionysos, dieu du vin et de la vigne. Quant à Saint Denis, premier évêque de Paris, décapité, il était supposé intercéder pour... éviter les maux de tête.

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Entretien avec Bernard Pivot

Membre de l’Académie Goncourt, écrivain, journaliste, auteur du Dictionnaire amoureux du vin, grand défenseur du Beaujolais et propriétaire d’une maison à Quincié.

Lyon Capitale : Vous avez récemment créé, avec Périco Légasse, journaliste à Marianne, le Comité de défense du Beaujolais. Le Beaujolais est donc réellement en danger ?

Bernard Pivot : Ce n’est pas nouveau. Le Beaujolais va mal, il est souffrant. En plus d’une grave crise économique, le beaujolais est victime, depuis pas mal d’année, d’un ostracisme moutonnier, d’une sorte de défiance, souvent irrationnelle. Il existe un snobisme à dire que le beaujolais, c’est pas bon. C’est complètement aberrant. C’est un vignoble extraordinaire. Les vignes sont arrachées, abandonnées. C’est pour cela qu’on a créé ce comité de défense, avec Périco Légasse. Il ne faut pas laisser mourir ce vignoble.

Pourquoi, selon vous, cet ostracisme anti-beaujolais ?
C’est assez curieux, je ne sais pas trop à vrai dire... D’autant qu’il est surtout Lyonnais. Lyon est aujourd’hui une ville vouée aux Côtes du Rhône. Est-ce qu’il s’agit d’une vieille jalousie lyonnaise qui remonte à l’époque où le beaujolais nouveau flambait à Paris, dans les années 70 ? Ce qui est certain, c’est que dans les années 80/90, le beaujolais a commis des erreurs de stratégie et de vinification. Les viticulteurs se sont vus trop beaux. Ils se sont reposés sur leurs lauriers et ils l’ont payé très cher.

Pour vous, le beaujolais, c’est...
Le beaujolais est avant tout un vin de lutte des classes. C’est le vin des canuts et le vin des rad-soc’s. Le vin de Gnafron et le vin d’Edouard Herriot. Le vins des bleus de chauffe et le vin des costumes-lavallière. Le vin de la Vache-qui-rit et le vin du gigot-qui-pleure. Le vin des mâchons entre vieux potes et le vin des déjeuners de famille. Le vin de la gauche saucisson et le vin de la droite pot-au-feu. Le "beaujolpif" des meetings et le saint-amour des mariages.

Le beaujolais est-il mort ?
Non, je ne crois pas. Mais le beaujolais va mal, il est souffrant, il demande une assistance. Si on ne lui porte pas remède, il ira de plus en plus mal. La presse n’arrange rien. Aujourd’hui, quand un journaliste à Paris vaut faire un reportage un peu malin ou pervers sur le vin, hop ! il va en Beaujolais, automatiquement car il sait que la région est fragile et qu’il va trouver des gens qui alimenteront sa diatribe contre le vin. C’est consternant !

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Programme

> Samedi 9 octobre, à partir de 9h30 600 vignerons défileront, tous vêtus de tabliers et accompagnés d’une fanfare. Ils circuleront entre la place des terreaux, le marché Saint Antoine et la place
de la République.

> A 10h00, une photo de groupe composée des vignerons, des élus et des
Toques Blanches est prévue place des Terreaux.

> A 10h30, discours du président d’Inter-Beaujolais Gilles Paris et de
l’adjoint au Maire délégué aux relations internationales et à l’attraction du
territoire afin d’officialiser les partenariats entre les crus et les mairies à
l’Hôtel de Ville.

> A 12h00, les vignerons seront invités à rejoindre chaque mairie
d’arrondissement afin d’y proposer différentes animations et dégustations.
 
Quoi déguster et où ?

Le Régnié à l’Hôtel de Ville:
Tout au long de l’année le cru Régnié sera servi lors des
manifestations et repas de l’Hôtel de Ville.

Le Chénas à la Mairie du 1er :
Une journée festive aura lieu place Sathonay : stands de vignerons,
exposition de photos sur le Beaujolais et découverte pédagogique sur
les terroirs et les vins sont prévus.

Le Brouilly à la Mairie du 2ème :
Une dégustation aura lieu ainsi qu’une plantation symbolique de pieds
de vignes et l’intronisation à la confrérie des amis du Brouilly.

Le Chiroubles à la Mairie du 3ème :
Les Halles Paul Bocuse seront décorées aux couleurs de Chiroubles,
une dégustation aura lieu en présence des Toques Blanches et de
Paul Bocuse. Une exposition du cru Chiroubles est également prévue
dans une vitrine du Radison Blu Hôtel Lyon.

Le Juliénas à la Mairie du 4ème :
La Mairie du 4ème organise en partenariat avec la confrérie du Juliénas,
la Foire au Juliénas. Des stands seront déployés sur le boulevard de la
Croix Rousse afin de découvrir les différents domaines du cru.
Le Côte de Brouilly à la Mairie du 5ème :
Une dégustation de Côte de Brouilly en partenariat avec les
restaurateurs du Vieux Lyon est prévue cours du palais Saint Jean. Dix
vignerons viendront présenter et faire découvrir leur région. Une
présentation du millésime 2009 aura lieu au George Five.

Le Morgon à la Mairie du 6ème :
Le 8 décembre à 19h00, une dégustation de Morgon aura lieu à la
cave « Vavro ».

Le Fleurie à la Mairie du 7ème :
Le Fleurie sera présenté à travers une projection, un stand sera
également mis en place, agrémenté d’un groupe folklorique. Les
producteurs pourront intervenir et faire découvrir leur cru.

Le Moulin-à-Vent à la Mairie du 8ème :
Une dégustation est prévue, suivie d’une conférence sur le cru et d’un
repas Beaujolais au restaurant Olympic. Un magnum de Moulin-à -
vent sera offert aux mariés du jour.

Le Saint-Amour à la Mairie du 9ème :
Une exposition de photos et d’outils de viticulture seront proposés,
ainsi qu’une dégustation. Une conférence sera donnée par les
viticulteurs de Saint-Amour dans des écoles du 9ème et la plantation
d’une vigne aura lieu dans un espace vert du 9ème
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Vos réactions
2 commentaires

Excellente idée que cette tentative de reconquête de Lyon par le Beaujolais. L’idée viendrait, paraît-il de Frédéric Miguet, conseiller général du canton de Beaujeu. Malheureusement de nombreuses coupures de presse montrent que l’idée n’est pas de lui et qu’elle remonte à plusieurs années. Il n’est point besoin d’être conseiller général pour comprendre que le Beaujolais s’est fourvoyé depuis 40 ans dans sa stratégie marketing en délaissant son marché primaire (Lyon) et ses productions traditionnelles (les Beaujolais et les crus) au profit d’un produit d’appel qui a ruiné sa réputation. Il est peut-être trop tard pour le Beaujolais, mais visiblement pas pour F.Miguet dont le canton est curieusement renouvelable en 2011. Il serait bon de rappeler également à B.Pivot que du temps des bleus de chauffe et des canuts, le pot de Beaujolais dans les bistrots lyonnais devait coûter approximativement 0,50 €. Tentez l'expérience dans votre bouchon préféré et vous constaterez la différence. Ceci explique certainement cela.

Signaler un abus | le 11/10/2010  à 21:19 | Posté par  Hilarion  

Notoriété enviée du Beaujolais exacerbée par le nouveau, 3ème jeudi de novembre: vin jeune, festif et goûteux pour les connaisseurs qui dépassent les préjugés eronnés. Pour ne pas faire disparaitre une partie du patrimoine français pourtant appréciée aux US et au Japon.

Signaler un abus | le 13/11/2010  à 16:14 | Posté par  mj  

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